Protocole chute en EHPAD : conduite à tenir
Sécuriser, évaluer, surveiller, tracer, informer, analyser et prévenir la récidive : voici la procédure opérationnelle à organiser après une chute en EHPAD.
Que faire après une chute en EHPAD ?
Après une chute, il faut sécuriser la zone, rassurer le résident, éviter tout relevage précipité, rechercher les signes de gravité, prévenir les professionnels compétents, organiser la surveillance, tracer les faits, informer selon le cadre applicable, puis analyser les causes pour prévenir la récidive.
Toutes les chutes doivent être tracées, même sans blessure apparente. En revanche, seules les situations répondant aux critères d’un événement indésirable grave associé aux soins relèvent d’une déclaration externe spécifique.
Pourquoi ce protocole est prioritaire
Les dernières données nationales confirment le poids croissant des chutes chez les personnes âgées. Ces chiffres concernent l’ensemble des personnes de 65 ans et plus, pas uniquement les résidents d’EHPAD.
Les chiffres nationaux ne doivent pas être utilisés comme une donnée propre à un établissement : ils servent à contextualiser le risque et à justifier une procédure robuste.
1. Réaction immédiate après la chute
- Sécuriser la zone et rassurer le résident.
- Ne pas relever sans évaluation préalable.
- Observer conscience, respiration, douleur, saignement et déformation.
- Rechercher un traumatisme crânien ou une douleur de hanche.
- Alerter l’infirmier, le médecin ou les secours selon les signes observés.
- Maintenir une surveillance adaptée et documentée.
En cas de suspicion de fracture, traumatisme crânien, détresse respiratoire, trouble de conscience, douleur intense ou déficit neurologique, la mobilisation doit attendre l’évaluation médicale ou les consignes des secours.
2. Classer la gravité de la chute
La classification guide la conduite à tenir, sans remplacer le jugement professionnel. Elle doit rester compatible avec le protocole interne de l’établissement.
| Niveau | Repères observables | Conduite attendue |
|---|---|---|
| Sans lésion apparente | Aucune douleur persistante, aucun déficit, reprise habituelle possible après évaluation. | Traçabilité, surveillance, recherche des causes et réévaluation du risque. |
| Atteinte mineure | Dermabrasion, ecchymose, douleur légère ou gêne fonctionnelle transitoire. | Soins, surveillance renforcée, avis médical selon le contexte et information adaptée. |
| Grave ou potentiellement grave | Traumatisme crânien, perte de connaissance, fracture suspectée, douleur intense, déficit neurologique, saignement important ou détresse respiratoire. | Évaluation médicale urgente, mobilisation prudente, éventuel transfert et analyse approfondie. |
3. Organiser la surveillance post-chute
La surveillance post-chute dépend de l’état du résident, des signes observés, du contexte, des consignes médicales et du protocole interne. Elle doit être tracée, datée et réévaluée.
| Point de surveillance | Pourquoi c’est important | Traçabilité attendue |
|---|---|---|
| État général | Repérer une dégradation secondaire ou un changement de comportement. | Conscience, douleur, mobilité, plainte, anxiété ou état inhabituel. |
| Douleur et mobilité | Identifier une lésion qui n’était pas apparente au premier examen. | Localisation de la douleur, appui possible, amplitude, gêne fonctionnelle. |
| Traumatisme crânien | Surveiller les signes d’alerte selon les consignes médicales. | Choc à la tête, vomissement, confusion, somnolence, céphalée, déficit. |
| Transmission | Assurer la continuité jour/nuit et éviter la perte d’information. | Professionnels informés, consignes, horaires, décisions et réévaluation. |
4. Que contient une fiche de chute ?
Une fiche de chute EHPAD doit permettre de comprendre les faits, sans jugement et sans supposition. Elle doit aussi alimenter l’analyse des causes et la prévention de la récidive.
| Rubrique | Informations à renseigner | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Contexte | Date, heure, lieu, activité en cours, dernière observation. | Distinguer ce qui est observé de ce qui est supposé. |
| Circonstances | Position retrouvée, témoin, appel malade, environnement, éclairage. | Noter si la chute est sans témoin ou sans appel volontaire. |
| Constatations | Douleur, plaie, ecchymose, déformation, conscience, plainte. | Rester descriptif : localisation, intensité, évolution. |
| Actions | Professionnels alertés, soins, surveillance, transfert, information. | Indiquer les horaires et les décisions prises. |
| Suite | Hypothèses de causes, actions correctives, réévaluation planifiée. | Relier la fiche au plan de prévention individualisé. |
5. Tracer l’événement sans jugement
Le compte rendu doit être précis, factuel, chronologique et sans formulation accusatoire. Il décrit ce qui a été vu, entendu, réalisé et décidé.
Avant
Dernière observation, activité, déplacement, état inhabituel, traitement récent.
Pendant
Heure, lieu, position retrouvée, présence d’un témoin, environnement.
Après
Signes observés, soins, personnes alertées, surveillance, transfert et décisions.
Dans les outils collectifs d’analyse, les informations doivent être anonymisées ou pseudonymisées selon le support, les règles internes et le niveau de détail nécessaire.
6. Informer sans automatisme
Le résident doit recevoir une information adaptée sur les constatations, la surveillance et les mesures envisagées. La personne de confiance, le représentant légal ou le proche désigné est informé selon le consentement du résident, son état, le niveau de gravité et la procédure de l’établissement.
Écrire « information systématique de la famille » serait trop absolu : l’information doit respecter les droits du résident, le secret professionnel, ses choix et l’identité de la personne autorisée à recevoir l’information.
7. Responsabilité de l’établissement
L’EHPAD doit mettre en œuvre des mesures raisonnables de prévention, de surveillance, d’organisation et de traçabilité adaptées aux risques identifiés. La survenue d’une chute ne suffit pas, à elle seule, à établir une faute.
Une responsabilité peut néanmoins être recherchée si un manquement est démontré : risque connu non pris en compte, protocole absent ou non appliqué, surveillance manifestement inadaptée, défaut de transmission ou traçabilité insuffisante. La qualification dépend toujours des faits et de l’appréciation compétente.
8. Référentiel HAS des ESSMS
Le référentiel national d’évaluation de la qualité des ESSMS intègre la prévention des chutes, l’adaptation du projet d’accompagnement aux risques et l’amélioration continue. Il s’agit de l’évaluation des ESSMS, et non de la certification hospitalière.
- Adapter le projet d’accompagnement aux risques liés aux chutes.
- Préserver l’autonomie par une stratégie formalisée et suivie.
- Analyser les événements indésirables et les actions correctives.
- Évaluer l’efficacité des actions menées.
9. Analyser les causes sans culpabiliser
Une chute répétée, grave, nocturne ou inhabituelle peut justifier une analyse en commission chute, RMM, CREX ou selon une méthode d’analyse des causes. L’objectif est de comprendre le système, pas de désigner un coupable.
- facteurs liés au résident : équilibre, cognition, douleur, traitements, fatigue, nutrition ;
- facteurs environnementaux : éclairage, sol, mobilier, obstacles, sanitaires ;
- facteurs organisationnels : transmissions, horaires, passages, coordination ;
- facteurs techniques : appel malade, aides techniques, détection et maintenance.
10. Prévenir la récidive
- Réévaluer le risque de chute et les traitements.
- Rechercher une peur de tomber ou un syndrome post-chute.
- Adapter chambre, éclairage, mobilier et aides techniques.
- Réexaminer les levers nocturnes et le trajet lit-toilettes.
- Proposer une réadaptation motrice individualisée si pertinente.
- Mettre à jour le projet personnalisé et les transmissions.
La prévention de la récidive doit être traitée dans le plan antichute de l’établissement. Pour le travail en amont, consultez la page prévention des chutes en EHPAD.
11. Prévoir les chutes sans témoin
L’appel malade reste indispensable, mais il suppose que le résident soit conscient, orienté, à portée du dispositif et capable d’agir. Le protocole doit donc prévoir les situations où l’alerte manuelle ne fonctionne pas.
Consultez la page appel malade et chute en EHPAD et le comparatif des détecteurs de chute.
Ressources liées
FAQ sur le protocole chute
Faut-il relever immédiatement un résident ?
Toute chute doit-elle être tracée ?
Toute chute doit-elle être déclarée à l’ARS ?
Faut-il prévenir la famille ?
Que doit contenir la fiche de chute ?
Que surveiller après une chute ?
Quel lien avec l’évaluation HAS ?
Sources institutionnelles
Structurer votre protocole et vos alertes
Domalys peut accompagner l’étude des chambres à risque, de l’éclairage, de la détection et du temps d’intervention. La conduite clinique reste définie par les professionnels compétents et les procédures de l’établissement.