Guide professionnel EHPAD 2026

Protocole chute en EHPAD : conduite à tenir

Sécuriser, évaluer, surveiller, tracer, informer, analyser et prévenir la récidive : voici la procédure opérationnelle à organiser après une chute en EHPAD.

Mis à jour le 22 juin 2026 Direction, IDEC, équipes, qualité
Réponse directe

Que faire après une chute en EHPAD ?

Après une chute, il faut sécuriser la zone, rassurer le résident, éviter tout relevage précipité, rechercher les signes de gravité, prévenir les professionnels compétents, organiser la surveillance, tracer les faits, informer selon le cadre applicable, puis analyser les causes pour prévenir la récidive.

Toutes les chutes doivent être tracées, même sans blessure apparente. En revanche, seules les situations répondant aux critères d’un événement indésirable grave associé aux soins relèvent d’une déclaration externe spécifique.

1. Sécuriser Écarter le danger immédiat, rassurer, protéger du froid et préserver l’intimité.
2. Évaluer Conscience, douleur, saignement, déformation, traumatisme crânien et déficit.
3. Surveiller Adapter la surveillance selon les signes observés et la procédure interne.
4. Tracer Heure, lieu, circonstances, signes, décisions, personnes prévenues et suites.

Pourquoi ce protocole est prioritaire

Les dernières données nationales confirment le poids croissant des chutes chez les personnes âgées. Ces chiffres concernent l’ensemble des personnes de 65 ans et plus, pas uniquement les résidents d’EHPAD.

174 824 hospitalisations en lien avec une chute chez les 65 ans et plus en 2024.
+20,5 % d’augmentation du taux standardisé d’hospitalisation depuis 2019.
×29 taux de mortalité des 85 ans et plus comparé aux 65–74 ans.

Les chiffres nationaux ne doivent pas être utilisés comme une donnée propre à un établissement : ils servent à contextualiser le risque et à justifier une procédure robuste.

Conduite à tenir après une chute en EHPAD
Le protocole doit être connu des équipes de jour comme de nuit.

1. Réaction immédiate après la chute

  1. Sécuriser la zone et rassurer le résident.
  2. Ne pas relever sans évaluation préalable.
  3. Observer conscience, respiration, douleur, saignement et déformation.
  4. Rechercher un traumatisme crânien ou une douleur de hanche.
  5. Alerter l’infirmier, le médecin ou les secours selon les signes observés.
  6. Maintenir une surveillance adaptée et documentée.

En cas de suspicion de fracture, traumatisme crânien, détresse respiratoire, trouble de conscience, douleur intense ou déficit neurologique, la mobilisation doit attendre l’évaluation médicale ou les consignes des secours.

2. Classer la gravité de la chute

La classification guide la conduite à tenir, sans remplacer le jugement professionnel. Elle doit rester compatible avec le protocole interne de l’établissement.

Niveau Repères observables Conduite attendue
Sans lésion apparente Aucune douleur persistante, aucun déficit, reprise habituelle possible après évaluation. Traçabilité, surveillance, recherche des causes et réévaluation du risque.
Atteinte mineure Dermabrasion, ecchymose, douleur légère ou gêne fonctionnelle transitoire. Soins, surveillance renforcée, avis médical selon le contexte et information adaptée.
Grave ou potentiellement grave Traumatisme crânien, perte de connaissance, fracture suspectée, douleur intense, déficit neurologique, saignement important ou détresse respiratoire. Évaluation médicale urgente, mobilisation prudente, éventuel transfert et analyse approfondie.

3. Organiser la surveillance post-chute

La surveillance post-chute dépend de l’état du résident, des signes observés, du contexte, des consignes médicales et du protocole interne. Elle doit être tracée, datée et réévaluée.

Point de surveillance Pourquoi c’est important Traçabilité attendue
État général Repérer une dégradation secondaire ou un changement de comportement. Conscience, douleur, mobilité, plainte, anxiété ou état inhabituel.
Douleur et mobilité Identifier une lésion qui n’était pas apparente au premier examen. Localisation de la douleur, appui possible, amplitude, gêne fonctionnelle.
Traumatisme crânien Surveiller les signes d’alerte selon les consignes médicales. Choc à la tête, vomissement, confusion, somnolence, céphalée, déficit.
Transmission Assurer la continuité jour/nuit et éviter la perte d’information. Professionnels informés, consignes, horaires, décisions et réévaluation.

4. Que contient une fiche de chute ?

Une fiche de chute EHPAD doit permettre de comprendre les faits, sans jugement et sans supposition. Elle doit aussi alimenter l’analyse des causes et la prévention de la récidive.

Rubrique Informations à renseigner Point de vigilance
Contexte Date, heure, lieu, activité en cours, dernière observation. Distinguer ce qui est observé de ce qui est supposé.
Circonstances Position retrouvée, témoin, appel malade, environnement, éclairage. Noter si la chute est sans témoin ou sans appel volontaire.
Constatations Douleur, plaie, ecchymose, déformation, conscience, plainte. Rester descriptif : localisation, intensité, évolution.
Actions Professionnels alertés, soins, surveillance, transfert, information. Indiquer les horaires et les décisions prises.
Suite Hypothèses de causes, actions correctives, réévaluation planifiée. Relier la fiche au plan de prévention individualisé.

5. Tracer l’événement sans jugement

Le compte rendu doit être précis, factuel, chronologique et sans formulation accusatoire. Il décrit ce qui a été vu, entendu, réalisé et décidé.

Avant

Dernière observation, activité, déplacement, état inhabituel, traitement récent.

Pendant

Heure, lieu, position retrouvée, présence d’un témoin, environnement.

Après

Signes observés, soins, personnes alertées, surveillance, transfert et décisions.

Dans les outils collectifs d’analyse, les informations doivent être anonymisées ou pseudonymisées selon le support, les règles internes et le niveau de détail nécessaire.

6. Informer sans automatisme

Le résident doit recevoir une information adaptée sur les constatations, la surveillance et les mesures envisagées. La personne de confiance, le représentant légal ou le proche désigné est informé selon le consentement du résident, son état, le niveau de gravité et la procédure de l’établissement.

Écrire « information systématique de la famille » serait trop absolu : l’information doit respecter les droits du résident, le secret professionnel, ses choix et l’identité de la personne autorisée à recevoir l’information.

7. Responsabilité de l’établissement

L’EHPAD doit mettre en œuvre des mesures raisonnables de prévention, de surveillance, d’organisation et de traçabilité adaptées aux risques identifiés. La survenue d’une chute ne suffit pas, à elle seule, à établir une faute.

Une responsabilité peut néanmoins être recherchée si un manquement est démontré : risque connu non pris en compte, protocole absent ou non appliqué, surveillance manifestement inadaptée, défaut de transmission ou traçabilité insuffisante. La qualification dépend toujours des faits et de l’appréciation compétente.

8. Référentiel HAS des ESSMS

Le référentiel national d’évaluation de la qualité des ESSMS intègre la prévention des chutes, l’adaptation du projet d’accompagnement aux risques et l’amélioration continue. Il s’agit de l’évaluation des ESSMS, et non de la certification hospitalière.

  • Adapter le projet d’accompagnement aux risques liés aux chutes.
  • Préserver l’autonomie par une stratégie formalisée et suivie.
  • Analyser les événements indésirables et les actions correctives.
  • Évaluer l’efficacité des actions menées.

9. Analyser les causes sans culpabiliser

Une chute répétée, grave, nocturne ou inhabituelle peut justifier une analyse en commission chute, RMM, CREX ou selon une méthode d’analyse des causes. L’objectif est de comprendre le système, pas de désigner un coupable.

  • facteurs liés au résident : équilibre, cognition, douleur, traitements, fatigue, nutrition ;
  • facteurs environnementaux : éclairage, sol, mobilier, obstacles, sanitaires ;
  • facteurs organisationnels : transmissions, horaires, passages, coordination ;
  • facteurs techniques : appel malade, aides techniques, détection et maintenance.
Analyse des causes après une chute en EHPAD
L’analyse multifactorielle doit déboucher sur des actions vérifiables.

10. Prévenir la récidive

  1. Réévaluer le risque de chute et les traitements.
  2. Rechercher une peur de tomber ou un syndrome post-chute.
  3. Adapter chambre, éclairage, mobilier et aides techniques.
  4. Réexaminer les levers nocturnes et le trajet lit-toilettes.
  5. Proposer une réadaptation motrice individualisée si pertinente.
  6. Mettre à jour le projet personnalisé et les transmissions.

La prévention de la récidive doit être traitée dans le plan antichute de l’établissement. Pour le travail en amont, consultez la page prévention des chutes en EHPAD.

11. Prévoir les chutes sans témoin

L’appel malade reste indispensable, mais il suppose que le résident soit conscient, orienté, à portée du dispositif et capable d’agir. Le protocole doit donc prévoir les situations où l’alerte manuelle ne fonctionne pas.

Consultez la page appel malade et chute en EHPAD et le comparatif des détecteurs de chute.

FAQ sur le protocole chute

Faut-il relever immédiatement un résident ?
Non. Il faut d’abord rechercher les signes de gravité et adapter la mobilisation aux constatations, à l’état du résident et aux consignes médicales.
Toute chute doit-elle être tracée ?
Oui. Même sans blessure apparente, la chute doit être tracée car la répétition, l’horaire, le lieu et les circonstances orientent la prévention.
Toute chute doit-elle être déclarée à l’ARS ?
Non. La déclaration externe concerne les événements répondant aux critères réglementaires d’un événement indésirable grave ou à d’autres obligations spécifiques.
Faut-il prévenir la famille ?
L’établissement informe le résident et la personne autorisée à recevoir l’information selon le consentement, la gravité, la procédure interne et le secret professionnel.
Que doit contenir la fiche de chute ?
Elle doit préciser l’heure, le lieu, les circonstances, la position retrouvée, les signes observés, les actions réalisées, les personnes prévenues, la surveillance et les suites.
Que surveiller après une chute ?
La surveillance dépend du contexte. Elle peut porter sur l’état général, la douleur, la mobilité, les signes neurologiques, la plainte du résident, les consignes médicales et les transmissions.
Quel lien avec l’évaluation HAS ?
Le référentiel ESSMS intègre la prise en compte des risques liés aux chutes, la préservation de l’autonomie et l’analyse des événements indésirables dans une logique d’amélioration continue.

Sources institutionnelles

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Domalys peut accompagner l’étude des chambres à risque, de l’éclairage, de la détection et du temps d’intervention. La conduite clinique reste définie par les professionnels compétents et les procédures de l’établissement.

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